Le consommateur, aujourd’hui, cherche à boire moins, mais mieux. Il attend une meilleure traçabilité, une production plus responsable et moins de sulfites. Les vins légers, moins alcoolisés, les vins biologiques et plus récemment les vins vegan répondent à ces nouvelles attentes. Ils cherchent aussi d’autres manières de consommer le vin, à l’image de la canette, de la bouteille consignée ou du vin en vrac.

Célia Rennesson, directrice générale de Réseau Vrac, soulignait à ce sujet que « Les liquides alimentaires et non alimentaires sont les deux tendances de fond à venir concernant la consommation en vrac».

Vous souvenez-vous de la dame Jeanne ? Elle contenait la boisson quotidienne de nos grands-parents : un vin sans prétention, agréable et authentique. Jusqu’au milieu des années 80, il était encore courant en France d’acheter du vin en vrac dans des domaines ou dans une cave.

Pourquoi le vin en vrac a quasiment disparu ces dernières années ?

L’une des raisons est liée à l’image que renvoie le vin en vrac, celle d’un vin de mauvaise qualité. À tel point que certaines appellations, soucieuses de protéger leur marque, ont tout simplement interdit la commercialisation de leur vin en vrac. Mais pas uniquement, ce mode de consommation a aussi été impacté par l’arrivée du suremballage et du marketing. Depuis les trente glorieuses, le conditionnement a considérablement évolué et les couches d’emballages se sont multipliées.

Mais le vin en vrac fait son retour, en effet, cette nouvelle façon de consommer du vin attire aussi bien la jeune génération qui est sensible au côté écologique, que les anciens qui sont nostalgiques des bouteilles consignées et des grandes cuves en inox où ils allaient chercher leur vin.

Comment fonctionne le vin en vrac ?

Le vin en vrac est servi à la tireuse, via une fontaine à vin, ou via des BiB. Un système de consigne se met en place, le consommateur vient et repart avec sa bouteille, qui est ainsi réutilisée au lieu d’être jetée. Une fois rendues par les clients, les bouteilles sales sont envoyées dans des laveuses.

De nombreux acteurs se lancent dans la mise en place de systèmes de distribution de vins en vrac à l’image de Jean Bouteille et sa solution de fontaine à vin qui offre aussi la possibilité de fournir le vin.

BIB Oé
Vins Oé

Depuis quelque temps, notamment, la marque en partenariat avec Jean Bouteille propose trois de ces références de vin en vrac : un vin rouge, un vin blanc et un rosé bio en IGP Méditerranée. Les vins sont proposés sous forme de BIB de 10 litres, soit directement installés sur des étagères, soit dans une machine. Tout dépend de la place disponible au sein du magasin.

La réduction du bilan carbone est un atout communication, que ce soit pour les viticulteurs, pour les caves coopératives et pour les propriétés. L’idée n’est pas de remplacer le vin en bouteille, mais plutôt de proposer une nouvelle alternative. Le vin en vrac cible plutôt les repas de famille, que les personnes seules.

Les avantages du vin en vrac

Il y a le prix, l’achat de vin en vrac permet d’économiser jusqu’à 40 % du prix de la bouteille, mais la motivation première reste la dimension écologique.
Le vin est livré sans bouteille, ce qui allège la facture écologique. Mais aussi sans bouchon, le liège étant une ressource rare et surexploitée, de plus, pas besoin d’étiquette papier, ces détails profite à nos forêts. Ce système permet de réduire les besoins de transport, et donc l’empreinte carbone.
La pollution dégagée par l’étiquetage, le bouchonnage et le transport des bouteilles est évitée et les frais économiques dus à l’embouteillage et au transport sont ainsi soustraits.

Les caves et commerces qui proposent du vin en vrac soutiennent des pratiques durables en incitant leurs clients à utiliser des bouteilles consignées ou à apporter leur propre bouteille selon l’organisation mise en place. La vente de vin en vrac permet donc de réutiliser les mêmes bouteilles à chaque remplissage. Cette réduction des emballages a un impact direct sur les émissions de gaz à effet de serre, car si le recyclage des bouteilles, c’est bien, il existe une solution encore plus aboutie : les réutiliser en circuit court. De plus, le lavage des bouteilles usagées consomme beaucoup moins d’eau comparativement à la production d’une bouteille neuve.

Le défi du vin en vrac

Des problématiques apparaissent quant à la mise en place du vin en vrac dans les commerces sont la place que prennent les machines pour tirer son vin, et la stabilité du produit.

Une autre problématique est la conservation du vin. On ne va pas se mentir, les grands vins ne se commercialisent pas en vrac, il y a une raison. En dehors de l’image, les vins vendus en vrac ne sont pas destinés à être gardés.

Pour le vin en vrac, on ne peut le conserver que 3 jours une fois « tiré-bouché ». Ce qui peut poser problème pour certains.Le BIB lui est bon jusqu’à un mois après son ouverture.

Les vins en BIB ont aussi fait beaucoup de progrès en termes de qualité. Il n’est plus question d’acheter une « piquette ». Il est possible de trouver des vins jeunes et qualitatifs.

Le vrac reste « nouveau », il faut donc encore laisser le temps aux consommateurs de s’approprier cette nouvelle manière de consommer. À savoir que le vrac est une alternative et ne remplace pas la consigne des bouteilles ou des contenants.

Selon Charlotte d’Oé, « Le tournant du vrac liquide et notamment pour le vin est un investissement à faire sur le long terme. Actuellement, c’est nouveau pour beaucoup de personnes, mais dans quelques années, il n’y aura plus besoin d’une personne pour montrer la marche à suivre en magasin/épicerie. C’est un peu comme la consigne : aujourd’hui, acheter une bouteille consignable coûte plus cher qu’une bouteille qui ne l’est pas. Et pourtant, les matières premières comme la silice seront rares et dans quelques années, avec d’une part le développement des acteurs consigne et d’autre part la hausse de la valeur des matières premières. Les bouteilles consignables seront donc normalement moins chères que les bouteilles recyclées. C’est un pari sur le long terme ! »